Projet « Dossier pour la Prévention Suisse de la Criminalité » ; Pour que cesse la prévention adressée aux femmes

En janvier 2013, plusieurs membres du collectif Slutwalk Suisse prennent connaissance d'un texte publié sur le site officiel de la Prévention Suisse de la Criminalité (en allemand : Schweizerische Kriminalprävention), organe promu par la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police, et qui met notamment à disposition du public des informations et ressources pour se prémunir contre des atteintes criminelles. Le texte en question comporte des conseils à l'attention des femmes pour prévenir des agressions sexuelles et est immédiatement jugé problématique. D'une part, il ne s'adresse qu'aux seules femmes, omettant une fois de plus les principaux concernés – les auteurs. D'autre part, s'il comporte une (maigre) part de conseils jugés "positifs" – car mettant l'accent sur l'agentivité des femmes, leur droit et leur capacité à se défendre -, la plupart des conseils tendent à décourager les femmes d'occuper l'espace public: "Ne laissez jamais paraître que vous êtes une femme qui vit seule (le soir, fermez les volets, les stores ou tirez les rideaux)"; "Dans l'annuaire et sur la porte d'entrée, n'indiquez que la première lettre de votre prénom"; "Ne sortez pas seule la nuit et n'empruntez pas des rues vides ou mal éclairées. Si nécessaire, faites un détour";
"Ne faites pas d'autostop"; "Evitez le contact avec des personnes ivres"; "Sachez également que votre vigilance baisse si vous consommez de l'alcool".

Dans un premier temps, le collectif contacte la PSC par téléphone et lui fait part de son intention de répondre à son texte. Le texte de la PSC est également visibilisé sur la page Facebook de Slutwalk Suisse, ce qui génère une condamnation par la PSC dans un communiqué de presse, le 22 mars 2013. Après un échange de courrier avec la PSC pour lui réitérer l'intention du collectif de rédiger un texte alternatif de prévention, et un communiqué de presse de Slutwalk Suisse le 25 mars 2013, le collectif publie finalement un dossier sur son site, le 28 avril 2014. Dans celui-ci, le collectif rappelle les effets funestes d'une prévention adressée aux victimes, les mythes sur le viol que celle-ci tend à perpétuer , la victimisation secondaire que subissent les personnes ayant l'impression de n'avoir pas suivi suffisamment "à la lettre" les conseils pour bien se protéger, et la déresponsabilisation totale des auteurs. Le collectif rappelle aussi les longues luttes féministes (toujours d'actualité !) pour que les femmes aient le droit d'occuper l'espace public au même titre que les hommes.

Enfin, le dossier comporte des exemples concrets de prévention : pour les femmes, des stratégies inspirées de l'autodéfense féministe. Pour les hommes, des exemples de campagnes mises en place dans divers pays (Canada, Royaume- Uni, France), qui rappellent la centralité et la signification du consentement : NON veut dire NON; qu'une femme cède, ne dise rien, se "laisse faire", hésite, soit ivre, ne sont pas analogues au fait qu'elle dise OUI. Seul compte un consentement actif, et il est du devoir de chacun de s'assurer à tout moment que le désir d'une relation est indiscutablement partagé.

Ayant directement envoyé le lien vers le dossier à la PSC, le collectif reçoit une réponse de la part de ce dernier, le 11 juillet 2014. Ayant remercié Slutwalk Suisse pour son travail, la PSC estime toutefois que "les principes sur lesquels sont basés les arguments [contenus dans le dossier] sont faux". La PSC oppose son "pragmatisme" en matière de prévention à "l'idéologie" qui guiderait les conseils contenus dans le dossier de Slutwalk Suisse. La réponse du PSC réitère un florilège de mythes sur l'agression dictée par des "pulsions" (sexuelles et/ou violentes), et des stéréotypes sur les femmes "craintives et sans défense" ou "qui se rendent vulnérables en consommant des drogues et de l'alcool". S'adresser aux auteurs est jugé naïf, réducteur et irréaliste, et témoignant, au final, d'une méconnaissance du problème.

La réponse de la PSC fait office de clôture à cette action du collectif Slutwalk Suisse. Si elle n'aura pas eu d'effets sur le discours émanant de la PSC, elle aura permis d'asseoir les fondements théoriques et politiques du travail de Slutwalk Suisse, et permis d'orienter les actions futures (collaborations avec des collectifs et associations féministes et LGBT*IQ, visibilisation du problème des violences sexuelles, projets de prévention, etc.).