Harcèlement sexuel: un cas d’école.

Hier soir, pour une réunion, on s’est rendue, avec les Salopes, dans un bar dans lequel j’avais bossé il y a sept ans. J’ai jamais vraiment enfouis cette histoire, elle m’a toujours semblé scandaleuse, mais je n’en ai jamais rien fait. En en reparlant hier avec les copines, j’ai réalisé à quel point il était important que je témoigne, pour celles et ceux qui subissent le même genre de traitement, sans savoir qu’il s’agit de harcèlement sexuel et qui n’ont pas les moyens, comme moi je l’avais, de se tirer tout de suite.

J’ai donc été employée, au noir, dans un bar PMU de Genève. Je ne sais pas quelle vertu me fait taire le nom de l’établissement mais pour l’instant, je préfère ne pas le dévoiler. C’était un bar un peu glauque mais les clients étaient sympa et c’était pas trop l’enfer. Sauf que.

Je travaillais avec un mec qui devrait avoir dans la cinquantaine, et qui devait, à l’époque, avoir un certain succès auprès des femmes. Un ancien beau sur le retour, et con comme un balais. Au bout d’un moment (pas très long) il s’est mis à me draguer. Non, à me harceler. Ça a commencé par « ce soir tu dis à ton mec de pas rentrer et je viens chez toi. » Et j’ai répliqué « Alors il peut venir dormir chez toi, avec ta fille. » Je ne suis pas tellement du genre à me laisser faire, mais CE N’EST PAS LA BONNE STRATEGIE !!! La suite me l’a montré.

Pendant deux jours, il ne s’est pas adressé à moi pour autre chose que pour me dire des trucs dégueulasses. Tout le temps. En continu. Sans s’arrêter. Jamais. Ça fait sept ans. J’ai pas tout retenu mais en voici quelques unes.

«Je sais pas comment c’est possible que j’aille autant envie de toi.»


«Si tu veux j’ai une petite crème spécial pour ta main» (Je venais de me bruler avec la machine à café. Et non, il ne me proposait pas de Merfen.)


«J’adore être comme ça.» (Se tenant contre moi dernière le bar alors que je servais quelque chose. Un bar, c’est exigu.)

Au bout d’un moment j’ai réalisé que ce qui était en train de se passer n’était pas normal, que j’étais en train de me faire harceler. Le soir je suis rentrée chez moi et j’ai fait un peu de recherche sur le net qui ont confirmé ce que je pensais (à l’époque je ne m’occupais pas encore de violences sexuelles ni tellement de genre. J’étais pas au parfum.) J’ai donc décidé de ne pas remettre les pieds dans ce bar. J’ai appelé le lendemain matin pour dire que j’étais malade. Ensuite j’ai appelé le patron pour lui dire que j’avais subi des remarques inacceptables et que je ne travaillerais plus là. Il m’a demandé de passer chercher mon salaire.

Sur place, il m’a dit qu’il avait parlé au type, et que celui-ci lui avait dit qu’il m’avait juste fait la blague suivante : « Qu’est ce que dit une femme après l’amour ? Merci Thierry. » Et que c’est moi qui lui avait fait une remarque sur sa fille et mon mec. Et oui. Le type m’a sucré 25% de mon salaire (100 CHF environ) pour avoir démissionné sans préavis. Et moi j’ai rien dit, à part de faire gaffe aux femmes qui travaillaient avec lui parce que certaines ne pouvaient pas, comme moi, se permettre de quitter un job.

Quand j’y repense, je me dis que j’ai été conne de ne pas lui foutre la pression pour qu’il me paie mon salaire entier. Une menace d’aller au prudhomme ou juste de porter plainte. Sérieux. Mais c’est comme ça. Le harcèlement met les harceléEs dans la merde, comme le viol ne pèse que sur les violéEs. Une chose qu’on peut faire, c’est de se renseigner. Savoir ce qu’est le harcèlement sexuel, c’est déjà une manière de se protéger, de protéger ses collègues et ses employéEs.

Voici quelques exemples de formes que peut prendre le harcèlement sexuel :

  • Faire des avances malgré le refus ou l’évidence du malaise de la personne, de manière répétée (c’est mon cas).
  • Faire des remarques sexuelles non désirées (c’est mon cas).
  • Faire des remarques homophobes ou stigmatisantes (sur la sexualité ou le corps d’une personne)
  • Envoyer des photos ou des vidéos à caractères pornographiques ou sexuelles.
  • Avoir des gestes, prodiguer des attouchements à caractères sexuels et non désirés (c’est mon cas).
  • Mettre la pression sur quelqu’unE pour obtenir des relations sexuelles, notamment promesse de promotion ou menace.
  • Tentative de viol ou viol.

Et la liste n’est pas exhaustive.

D’autres interesting facts : En cas de harcèlement sexuel, on ne porte pas plainte contre le harceleur mais contre la boite dans laquelle on a été harceléE, à moins d’un crime pénal de la part du harceleur. C’est l’employeur-euse qui est responsable de créer un climat de travail exempt de harcèlement pour ses employéEs. Le harceleur est néanmoins responsable de l’acte. Le harceleur peut-être un collègue ou n’importe quel autre tiers, un patron, un client, un patient, un élève…

Le harcèlement, ce n’est pas de la drague. La drague inclut alors que le harcèlement exclu. C’est normal de rencontrer des personnes au boulot, de se plaire et même de coucher ensemble puisqu’il s’agit d’un environnement dans lequel on évolue, mais only with consent. Encore et toujours.

Le centre Lavi donne les conseils suivants :

  1. Exprimer fermement votre désaccord à l’auteur du harcèlement. Si cela ne suffit pas ou si vous redoutez une confrontation directe, adressez-lui une lettre recommandée (et gardez-en une copie) pour exiger qu’il abandonne son comportement inacceptable.
  2. Si le harcèlement continue, écrire une lettre recommandée à la direction en lui demandant d’intervenir (gardez également une copie).
  3. Tenir un journal, en notant tous les incidents avec précision (auteur, date, heure, lieu, type d’agression, propos, gestes, témoins éventuel-le-s).
  4. Parler à vos collègues et à votre entourage. Vous n’êtes peut-être pas la seule à être harcelée et vous pourriez alors agir ensemble.
  5. Chercher des témoins et des appuis sur votre lieu de travail (par ex. commission du personnel, syndicat, groupement féminin).
  6. Demander de l’aide aux services professionnels et associations qui s’occupent de ces questions.

Viol Secours et le 2e observatoire peuvent vous aider en cas de besoin. Et nous sommes également là pour vous soutenir et pour vous permettre de témoigner. Militer contre les violences a aidé beaucoup de femmes à sortir de la position de victimes dans laquelle elles se sentaient.

Merci de m’avoir lue. A vous.